11 questions – réponses pour un débat

Pour éclairer le débat sur l’avenir du foyer Saint-Louis, nous avons décidé de sérier les arguments de la paroisse et les réponses du collectif « Un cœur pour la Robertsau ». À vous de vous faire votre opinion.

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Notre collectif Un cœur pour la Robertsau est mobilisé, depuis plusieurs mois, pour proposer une alternative à la destruction du foyer Saint-Louis, envisagée par la paroisse catholique, avec le soutien de la Ville de Strasbourg.

Il y a quelques semaines, nous avons publié un Livre blanc, présentant une alternative possible et crédible, à même de répondre aux besoins de la paroisse, tout en maintenant le foyer dans ses fonctions et en préservant les possibilités d’améliorer la qualité de vie du cœur historique de la Robertsau.

Pour éclairer ce débat important pour notre quartier, nous avons souhaité mettre en lumière les arguments avancés par la paroisse pour justifier son projet et les réponses de notre collectif. Le présent document reprend ces argumentations autour des 11 questions majeures, qui font aujourd’hui débat.

Nous espérons qu’à sa lecture, chacune et chacun pourra se forger son idée la plus juste possible de ce qui est en jeu, qui, pour nous, n’est rien moins que  notre capacité à vivre ensemble.

 Le collectif Un cœur pour la Robertsau.

1/  Quel débat pour quel projet ?

La paroisse dit : « Je ne veux pas mettre d’huile sur le feu, mais les principaux intéressés sont le comité du foyer, le conseil de fabrique et les catéchistes : nous les avons consultés et ils se sont exprimés pour notre projet (…) C’est un dossier porté par le conseil de fabrique unanime» (M. le curé Muntzinger – DNA 15/9/15)

La réponse du collectif : « La paroisse se comporte comme un promoteur immobilier et son curé en utilise la terminologie, tant entendue ailleurs : « on est chez nous, c’est privé, ça ne regarde que nous, des concessions ont été faites, etc. ». C’est très étonnant, de la part d’une communauté religieuse dont la vocation est de s’inscrire dans la Cité.

Car, en négligeant à ce point la place du foyer Saint-Louis dans le quartier et l’impact qu’aurait sa destruction, la paroisse en revient à nier sa place même dans le quartier. C’est une forme de repli communautariste auquel nous refusons de nous résoudre.

Depuis des années que cette affaire est engagée, à partir de nos premières alertes au sujet du jardin à côté de l’église, nous nous heurtons à une sorte d’autisme très surprenante, avec une difficulté majeure d’obtenir des informations sur le projet paroissial et surtout de pouvoir en discuter avec M. le curé et les paroissiens.

C’est incompréhensible. Et ça donne de la paroisse une image finalement négative et très dommageable, celle d’une entité repliée sur elle et fermée à toute autre considération que celle de ses seuls intérêts du court terme.

Face à une telle attitude, nous en appelons aux autorités supérieures que sont l’Archevêché et la Municipalité pour qu’elles sursoient à la vente du foyer et créent les conditions d’un dialogue enfin constructif, qui nous permette de sortir de cette histoire par le haut.»

2 / Qui est légitime pour défendre le foyer Saint-Louis ?

La paroisse dit: « Ces personnes qui expriment aujourd’hui autant d’attachement pour le foyer, on ne les a jamais vues donner un coup de main pour son entretien ou participer à son financement.» (M. le curé Muntzinger – DNA, 15/9/15)

La réponse du collectif : « Cette affirmation est d’abord fausse. Il y a, dans le collectif et autour de lui, beaucoup de gens qui sont investis dans la vie de la paroisse et du quartier ou qui l’ont été. C’est faire insulte à tout ce que ces personnes donnent ou ont donné que d’essayer de les discréditer ainsi. C’est comme si du passé, on souhaitait faire table rase, comme si rien n’avait jamais existé, dans cette paroisse et ce foyer, avant aujourd’hui.

Jusqu’à récemment, il y avait un dynamisme paroissial, qui faisait que les bénévoles étaient nombreux à s’investir dans ses œuvres et activités. On peut s’interroger sur les raisons pour lesquelles ce dynamisme s’est tari et est aujourd’hui fragilisé au point que la paroisse envisage de détruire le foyer. La démolition du foyer serait-elle symbolique d’une autre œuvre de démolition, plus pernicieuse ?

Et, sur le fond, dire que pour défendre le foyer, il faut aller acheter des choses à la kermesse paroissiale qui s’y tient tous les ans, c’est comme dire que, pour sauver le château de Pourtalès ou le Kayserguet, il aurait fallu y avoir habité ou que, pour s’opposer au projet de géothermie, il faut avoir des actions dans le pétrole ou l’éolien.

Pour nous, par son histoire et par la place qu’il tient dans notre quartier, le foyer Saint-Louis est un objet public, dont l’avenir doit être défini publiquement.

Enfin, sans vouloir jeter de l’huile sur le feu, on peut estimer que, sous le régime du Concordat que nous connaissons, tous les contribuables finissent par soutenir les œuvres d’Eglise, même les athées et les fidèles des religions non-concordataires (musulmans, bouddhistes, orthodoxes,…). Il nous parait donc légitime que ces mêmes contribuables puissent s’intéresser à ce qui est fait de leur contribution. »

3 / Et les espaces verts ?

La paroisse dit: « Dans notre projet, les espaces verts sont préservés » (M. le curé Muntzinger – DNA, 15/9/15)

La réponse du collectif : « Nous considérons les deux espaces verts et ouverts, environnant l’église et le foyer Saint-Louis, comme des espaces très importants pour la qualité et le cadre de vie dans cette partie centrale de la Robertsau.

Ce sont les derniers espaces disponibles pour garder des aérations dans ce secteur, consacrés à la détente et à la rencontre des habitants. Leur préservation est cruciale si l’on veut garder quelques marges de manœuvre pour renforcer le cœur historique de la Robertsau, autour de la place du Corps-de-Garde, qui est aujourd’hui plus un parking qu’une place.

Le projet actuel de la paroisse prévoit de construire sur ces deux espaces : une nouvelle salle paroissiale, sur l’espace à côté de l’église ; des logements, avec des locaux municipaux et une salle, sur les terrains du foyer.

On ne voit pas comment la paroisse peut dire qu’avec son projet, les espaces verts sont préservés. »

4 / Un foyer vieux, inadapté et plus aux normes ?

La paroisse dit : « Le foyer Saint-Louis n’est plus aux normes et n’est plus adapté aux besoins de la paroisse »

La réponse du collectif : « C’est vrai que certaines questions de normes se posent, notamment en ce qui concerne l’accès aux personnes à mobilité réduite. Mais le foyer est un bâtiment sain et solide, qui ne présente pas de risques ou de signe d’insalubrité. Pour nous, ce sera toujours moins cher de rénover et mettre ce bâtiment existant aux normes plutôt que de le détruire pour en construire deux à la place, comme c’est envisagé actuellement.

Même si nous laissons à la paroisse le droit de penser qu’il ne répond plus à ses besoins, nous pensons le contraire et ne voyons pas en quoi les besoins de la paroisse auraient évolué à un point tel que ce bâtiment multiforme et divers ne pourrait plus y répondre. Ce serait intéressant de débattre de ce point avec ses représentants.

Au contraire, nous pensons que ce bâtiment est actuellement sous-utilisé et qu’avant d’en construire deux à la place, il faudrait réfléchir à comment l’ouvrir à de nouvelles activités pour mieux l’utiliser. Ce n’est pas parce que la paroisse ne l’utilise plus beaucoup qu’il n’est plus utilisable.»

5 / Une opération de spéculation immobilière ?

La paroisse dit : « Dans cette opération, la paroisse ne fait pas de plus-value. » (M. le curé Muntzinger – DNA, 15/9/15)

La réponse du collectif : « D’après nos informations, le projet actuel, c’est que la paroisse vendrait l’ensemble foyer + terrains alentour pour un montant de près de 3 millions d’€, pour financer la construction d’une nouvelle salle paroissiale, à côté de l’église, pour un montant d’environ 2 millions d’€.

Faites le calcul.

Ce serait bien que les chiffres soient posés sur la table officiellement, de façon transparente. Nous accepterions de nous tromper ou d’être démentis sur cette question, pour ne pas avoir à penser que la paroisse, ou l’église catholique, fasse de ce projet une occasion de spéculer. »

6 / Exproprier la paroisse ?

La paroisse dit : « Nous voulons garder la main sur notre bien » (M. le curé Muntzinger – DNA, 15/9/15)

La réponse du collectif : « Il n’est évidemment pas question de spolier la paroisse, encore moins de l’exproprier. Nous respectons la paroisse, son curé, ses membres, mais nous sommes aussi à l’écoute de ses difficultés. Elles semblent se résumer de la façon suivante : un foyer trop lourd pour elle, parce qu’il y a des travaux à y faire et parce qu’elle n’a plus les ressources pour le gérer.

A ces difficultés, elle propose une solution que nous refusons, parce qu’elle a un impact négatif pour le quartier, et à laquelle nous apportons une alternative dans notre livre blanc : par bail emphytéotique, la paroisse confierait la rénovation et la gestion du foyer à la Ville, qui lui garantirait, dans ce bail, un accès privilégié et gratuit pour ses activités.

Cette solution répondrait aux besoins et difficultés de la paroisse, qui resterait propriétaire du bâtiment et en reprendrait la pleine jouissance à la fin du bail. La paroisse serait à l’aise dans des locaux rénovés et aux normes, qui serviraient à d’autres activités et à d’autres associations du quartier, par exemple l’école de musique qui a un besoin cruel de locaux.

Cette solution intelligente n’est pas utopique, puisqu’elle est à l’œuvre à Schiltigheim, au foyer Saint-Louis (tiens !) – Le Brassin, devenu un lieu paroissial, associatif et culturel.»

 7 / Pourquoi les catholiques n’auraient-ils pas la même chose que les protestants, les musulmans ou les bouddhistes ?

La paroisse dit : « Les protestants ont leur nouveau foyer, les musulmans leur mosquée et les bouddhistes vont avoir leur pagode. Pourquoi nous ne pourrions pas avoir notre nouveau foyer ? » (Discussion avec des paroissiens)

La réponse du collectif : « Parce que la paroisse catholique a déjà son foyer. Et que ce foyer n’a aucune raison valable d’être détruit : il est sain, il est bien structuré, il a servi à la paroisse depuis un siècle, sous l’égide d’une dizaine de curés successifs. Certes, il a besoin d’être rénové et mis aux normes. Certes sa gestion doit être moins lourde pour la paroisse (la gestion de la nouvelle salle à côté de l’église serait d’ailleurs aussi exigeante). Mais cela ne justifie en rien sa démolition.

La situation de la paroisse catholique n’est donc en rien comparable avec celle des autres communautés. La paroisse protestante a remplacé son foyer décrépit (« en carton-pâte », disaient-ils), quasiment pièce pour pièce. La communauté musulmane a investi dans un lieu de culte et de rencontre qui lui faisait défaut, tout comme la communauté bouddhiste. Encore une fois, rien à voir avec le foyer Saint-Louis.

Enfin, dernière différence, les trois communautés ont conduit leur projet en toute transparence et ouverture, en partenariat avec la Municipalité et en dialogue avec les forces vives du quartier. Ceci est loin d’être le cas pour le foyer Saint-Louis.»

8 /  L’accessibilité dangereuse du foyer ?

La paroisse dit: « Pour accéder au foyer actuel, il faut traverser la rue Boecklin, c’est dangereux, notamment pour les jeunes Scouts et Guides » (Discussion avec des paroissiens)

La réponse du collectif : « Sauf à considérer qu’ils habiteraient tous entre la rte de la Wantzenau à l’ouest et la rue Boecklin au nord et à l’est, les paroissiens et les Scouts devront toujours traverser une ou plusieurs rues chargées en trafic pour accéder à la nouvelle salle paroissiale, à côté de l’église.

L’accès à cette nouvelle salle serait tout aussi dangereux que l’accès à l’actuel foyer, qui, précisons-le, dispose d’un arrêt de bus devant son entrée. »

9/  Et les locaux pour les Scouts et Guides de France ?

La paroisse dit: « Les scouts et guides de France disposeront de nouveaux locaux dans le nouveau foyer » (Discussion avec des paroissiens)

La réponse du collectif : « Aujourd’hui, les scouts et guides de la paroisse disposent, dans le foyer Saint-Louis, de locaux permanents en sous-sol, de garages pour stocker leur matériel et de la grande cour côté rue des jardiniers pour y mener leurs activités. Des générations de jeunes Robertsauviennes et Robertsauviens, scouts et guides, ont passé ici des heures merveilleuses, dans des locaux dont ils avaient fait leur univers.

D’après nos informations, ce ne serait plus le cas dans la nouvelle salle paroissiale, où ils devraient partager leurs locaux avec d’autres activités. Si cela devait s’avérer, ce serait évidemment un recul important dans le « confort » matériel, dans lequel les scouts et guides, leurs jeunes et leurs encadrants, pourraient vivre leur engagement. »

10 / Quid du coût des projets ?

La paroisse dit: « La rénovation du foyer coûterait trop cher, il vaut mieux le détruire et en construire un neuf » (Discussion avec des paroissiens)

La réponse du collectif : « Chiche, mettons les chiffrages sur la table !

De façon globale, nous pensons que la rénovation du foyer Saint-Louis, même avec les rajouts que nous proposons dans notre scénario, serait toujours moins chère que sa destruction et la construction de logements, de deux salles de 200 places et de locaux de mairie.

S’agissant des financements, après notre mobilisation de ce printemps, la Ville s’est résolue à s’engager dans le projet. Mais nous pensons que c’est à mauvais escient, puisqu’elle ne ferait que racheter à Icade les locaux de mairie et la salle municipale de 200 places que le promoteur lui aurait construits, à la place du foyer détruit.

Mais, puisqu’elle s’est engagée, pourquoi la Ville ne pourrait-elle pas envisager de s’engager directement dans la rénovation du foyer ? Nous sommes convaincus que cela serait possible, à montants égaux pour elle, et cela aurait beaucoup plus de sens, sur le plan de la vie collective et de l’intérêt général, tout en répondant aux besoins de la paroisse. »

11 /  Et le « coeur de la Robertsau » ?

La paroisse dit: « Le coeur de la Robertsau ne concerne pas notre projet, qui est privé » (Discussion avec des paroissiens)

La réponse du collectif : « Presque tous les Robertsauviens se rendent compte que le secteur historique de notre quartier, entre Mélanie et Boecklin, recèle beaucoup de problématiques et d’enjeux. Comment y apaiser la circulation et le stationnement ? Comment protéger mieux les piétons et les cyclistes ? Peut-on agrandir le marché ? Où y ménager des espaces de détente, de rencontre et d’animation ? Comment rendre la mairie de quartier plus accessible ? Comment maintenir la vie commerçante ? etc.

Ces questions concernent tous les Robertsauviens et il serait temps qu’on les aborde avec eux.

Ce qui, pour nous, est certain, c’est que la destruction du foyer Saint-Louis et son remplacement par des logements et des locaux municipaux, outre que cela mangerait les derniers espaces ouverts de ce secteur, bloqueraient, de façon irréversible, des marges de manœuvre importantes pour répondre à ces enjeux.

C’est pour ça que la paroisse fait erreur, lorsqu’elle dit que son projet n’a aucune incidence sur le cœur de la Robertsau. »

 

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