Faute majeure et risque extrême

Après des mois d’attente, le maire de Strasbourg vient enfin de confirmer à notre collectif la prochaine tenue d’un atelier de projet sur l’avenir du cœur de la Robertsau. Selon lui, cet atelier « sera mis en place au plus vite » pour « retravailler la centralité historique du quartier et apporter une expertise d’usage sur l’impact du prolongement du tram vers les trajets bus, le stationnement, l’évolution du marché, la circulation sur l’axe Boecklin… »

Par contre, le projet immobilier de 36 logements érigés à la place du foyer Saint-Louis ne sera pas suspendu, Roland Ries confirmant son feu vert à cette funeste opération, en plein coeur du quartier.

Au passage, il considère toujours que l’opération Paroisse – Ville – Icade est une opération « privée », ce qui relève d’un autisme assez inquiétant chez notre premier magistrat : si cette opération était privée, pourquoi le conseil municipal a-t-il dû émettre un avis et le préfet, représentant de l’Etat, se fendre d’un arrêté pour autoriser la vente du foyer ? Et pourquoi ce projet privé a-t-il été présenté au conseil de quartier ? Lorsqu’un particulier vendra son prochain bien immobilier, devra-t-il aussi attendre l’avis d’un conseil municipal, celui d’un conseil de quartier et l’autorisation d’un préfet ? Enfin, une paroisse peut-elle être considérée comme un promoteur immobilier comme un autre, sans renier son message « Urbi et Orbi » ?

Bref, notre maire semble n’avoir cure de ce qu’essaient de lui dire toutes celles et tous ceux qui voient dans ces projets autour du foyer une faute majeure contre notre quartier ; qui se mobilisent nombreux depuis des mois pour essayer de lui faire comprendre que l’enjeu du foyer dépasse le simple intérêt de la paroisse catholique, dont les difficultés à gérer le foyer peuvent trouver maintes autres solutions ; qui s’inquiètent de l’alliance de l’argent (des millions sont en cause) entre une paroisse, une municipalité et un promoteur immobilier contre l’expression de centaines de citoyens, de leurs associations de quartier et même du conseil de quartier, instance pourtant initiée par ladite municipalité.

Depuis le printemps 2015 et l’alerte de notre collectif, la municipalité est restée figée sur un scénario de connivence avec la paroisse et le promoteur Icade, tout en lâchant les quelques miettes sensées calmer les craintes des Robertsauviens attachés à leur foyer et au vivre ensemble. Nous répétons ici que d’autres scénarios sont possibles, n’impliquant pas forcément la préemption du foyer par la Ville, qui répondraient aux besoins de la paroisse, n’obéreraient pas les finances municipales et réuniraient à nouveau les habitants d’un quartier aujourd’hui bien divisés. Des scénarios d’intelligence collective, plutôt que d’intérêts particuliers.

Mais, pour construire ces scénarios, il faut une volonté politique, qui sorte des seuls calculs budgétaires pour s’intéresser à la vie des gens et aux conditions pour la rendre meilleure. On en est malheureusement bien loin.

Dans l’atelier de projet annoncé, on va encore une fois nous amuser avec les bagnoles, les parkings et les bus, alors que le foyer (avec ses 7 salles de 20 à 400 places !) tombera sous les bulldozers et que ses cours seront urbanisées, bloquant toutes marges de manœuvre pour un urbanisme du vivre ensemble, dont notre quartier a tant besoin. Faut-il en déduire que désormais, la démocratie locale à Strasbourg, c’est : amusons les ploucs avec des questions de circulation et occupons-nous des vrais enjeux, entre gens de bien ?

Collusion des puissants, primat de l’économique sur le politique et le social ; soumission de l’action publique au fait religieux ; démocratie participative et locale devenue le problème alors qu’elle était longtemps la solution ; mépris de la parole citoyenne, les citoyens étant réduits à de simples usagers ; renoncement à l’intérêt général face à un intérêt particulier ;  manipulations, mensonges et contre-vérités…, la majeure partie de ce qui nourrit la colère des électeurs trouve là son expression parfaite.

Dans cette affaire comme dans beaucoup d’autres, on fait le lit du vote extrême, en conduisant les électeurs à désespérer de la politique et des politiques. Cela ne peut que susciter un vote de rejet et de colère comme on peut l’observer en Angleterre hier, aux Etats-Unis aujourd’hui, en France peut-être malheureusement demain.

Le collectif « Un cœur pour la Robertsau »

Strasbourg le 2 décembre 2016

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